Jardin avant projet : pelouse irrégulière et arbres devant une maison en pierre
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Planter en hiver à Bordeaux : ce n’est pas le froid qui décide, c’est l’eau

« Il fait trop froid pour planter. » C’est la phrase qu’on entend le plus entre décembre et février. À Bordeaux, elle est presque toujours fausse.

Les relevés de la station de Bordeaux-Mérignac sont sans ambiguïté : en janvier, le mois le plus froid, la température descend en moyenne à 3,5 °C la nuit et remonte à 9,5 °C dans la journée. Ce n’est pas un climat qui empêche de planter. En revanche, il tombe ici 1 174 mm de pluie par an, répartis sur 130 jours. Voilà le vrai sujet.

Ce n’est pas le gel qui décide si l’on plante ou non. C’est l’eau dans le sol.

Le test qui décide tient dans une main

Prenez une poignée de terre à la profondeur où vous comptez planter, et serrez-la. Si elle forme une boule compacte et que l’eau perle entre vos doigts, le sol est gorgé : on attend. Si elle se tient un instant puis s’effrite, le sol est ressuyé : on peut y aller.

Deux situations interdisent la plantation, sans discussion possible. Le sol gelé en profondeur : les racines ne peuvent pas entrer en contact avec la terre, et elles risquent de geler avant d’avoir repris. Le sol détrempé : les racines s’asphyxient, et la terre se compacte sous le poids des pieds au lieu de se refermer autour d’elles.

Sur les sols argileux de la rive droite et des coteaux, un hiver pluvieux peut fermer la fenêtre plusieurs semaines d’affilée. Ce n’est pas un problème. C’est une raison d’attendre quinze jours, pas de renoncer à la saison.

La fenêtre des racines nues ne s’ouvre qu’une fois par an

De la mi-novembre à la mi-mars, tant que les arbres et arbustes à feuilles caduques sont en dormance, les pépiniéristes les vendent sans pot ni motte : à racines nues. Dès que la sève remonte, la vente s’arrête. La fenêtre se referme jusqu’à l’automne suivant.

Nous avons déjà expliqué pourquoi l’automne bat le printemps pour planter. L’hiver ajoute quelque chose que l’automne n’offre déjà plus : ce choix-là.

Deux avantages, et ils ne sont pas théoriques. Le prix d’abord : à sujet équivalent, un plant à racines nues coûte nettement moins cher qu’un plant en conteneur — une différence qui change tout dès qu’on en compte trente pour une haie. La reprise ensuite : les racines n’ont pas tourné en rond au fond d’un pot, elles partent droit dans la terre.

Une contrainte en échange : cela ne se garde pas. Les racines ne doivent jamais sécher, même une demi-journée au vent. On plante dans la foulée, ou on met en jauge — nous y venons.

Une haie, c’est maintenant ou dans un an

Charme, hêtre, troène, aubépine, cornouiller, érable champêtre : les végétaux de haie sont ceux pour lesquels l’écart de prix entre racines nues et conteneur pèse le plus lourd, simplement parce qu’on en plante beaucoup d’un coup.

L’hiver est aussi la bonne période pour une deuxième raison, qui n’a rien à voir avec le prix. Intervenir sur une haie entre la mi-mars et la fin juillet, c’est risquer de tomber sur des nids — nous avons consacré un article entier à ce sujet. Planter et tailler en hiver règle la question.

Et si la haie existe déjà mais se dégarnit par le bas, c’est également la saison pour la reprendre en forme de trapèze, pendant qu’elle est au repos.

Déplacer un arbuste : il n’y a que cette saison

Un arbuste planté trop près d’un mur, un petit arbre qui fait de l’ombre à la mauvaise fenêtre, un massif qu’on veut décaler de deux mètres : tant que le végétal est en dormance, il peut être déterré avec sa motte et replanté ailleurs. Il ne s’en apercevra qu’à peine.

Le même geste en pleine végétation, entre mai et septembre, est perdu d’avance : le sujet a des feuilles à alimenter et plus assez de racines pour le faire. C’est la différence entre déplacer un arbuste et le tuer lentement.

Ce que l’hiver ne permet pas

La règle a ses exceptions, et elles valent d’être connues avant de commander.

Les frileuses — jeune olivier, laurier-rose, agrume — passent mieux l’épreuve au printemps : nous l’avions déjà signalé pour l’automne, et c’est encore plus vrai en janvier. Bordeaux est doux, mais un jeune sujet n’a pas encore les racines pour encaisser plusieurs semaines de froid humide.

Les graminées aussi attendent : plantées en hiver, elles restent des mois les pieds dans l’eau sans rien produire, et beaucoup n’y survivent pas. Mars ou avril leur conviennent bien mieux.

Enfin, rien de ce qui précède ne vaut pour un gazon : semer sur un sol froid et détrempé ne donne rien. Là, c’est le printemps ou la fin de l’été.

Le collet doit rester visible

C’est l’erreur la plus fréquente, et la plus coûteuse à long terme : enterrer le collet, ce point où le tronc rejoint les racines. Recouvert de terre, il s’asphyxie et pourrit. L’arbre ne meurt pas tout de suite — il décline pendant des années, et personne ne fait le lien avec la plantation.

Nous l’avons détaillé à propos des terres de terrassement étalées sur un terrain, qui produisent exactement ce résultat. La règle tient en une phrase : le collet reste au niveau du sol fini, visible. Si vous ne le voyez plus une fois le trou rebouché, vous avez planté trop profond.

Si le sol ne le permet pas : la jauge

Vous recevez vos plants et il pleut depuis huit jours. Ne les laissez pas dans leur emballage en attendant que ça passe.

La jauge est une tranchée creusée dans un coin à l’ombre, à l’abri du vent. On y couche les plants en oblique, on recouvre les racines de terre fine, on tasse légèrement, on arrose une fois. Ils peuvent attendre des semaines ainsi, sans souffrir, jusqu’à ce que le sol redevienne praticable. C’est un geste de dix minutes qui sauve une commande entière.

Pailler, oui — mais pas contre le tronc

Un paillage posé après la plantation protège le sol du tassement par la pluie et limite la levée des adventices dès le mois de mars. Mais il obéit à la même règle que le collet : on ne le pousse jamais contre le tronc. On laisse une couronne dégagée de quelques centimètres tout autour.

Un jardin planté en hiver se voit au printemps

Il y a une raison très concrète de ne pas attendre mars. Ce qui est planté en janvier a eu deux mois pour s’installer quand la végétation redémarre : au printemps, le jardin a l’air en place, pas fraîchement posé.

Cela compte particulièrement si une vente se profile. Nous l’avons expliqué à propos de l’effet d’un jardin sur la valeur d’un bien : un acheteur qui visite en avril ne voit pas des plants récents, il voit un jardin. Trois mois d’écart sur la date de plantation changent cette impression du tout au tout.

En résumé

L’hiver bordelais n’est pas un obstacle à la plantation, c’est sa meilleure fenêtre — à condition de regarder le sol et non le thermomètre. Terre ressuyée, collet visible, racines qui ne sèchent jamais, et de la patience les semaines où il pleut trop.

Si vous hésitez sur la date, sur les essences ou sur ce que votre sol supporte, nous venons regarder sur place avant de fixer quoi que ce soit. Le devis est offert.

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